Garry Winogrand, le « croqueur de Pomme » au Jeu de Paume, jusqu’au 2 février 2015

Garry Winogrand, le « croqueur de Pomme » au Jeu de Paume, jusqu’au 2 février 2015
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William Shakespeare a dit que le monde était un immense théâtre dont nous étions tous les acteurs. Garry Winogrand considère, en revanche la vie New-Yorkaise comme un grand spectacle, auquel il serait convié en tant que photographe. Son travail se concentre en effet sur le quotidien des New-Yorkais et sur la vie urbaine de la « grosse pomme », qui, dans son œuvre apparaît comme une véritable scène théâtrale, avec ses comédies mais aussi ses tragédies. Nous ne résistons pas à l’envie de dire, à l’image de l’Edito Mode de la semaine : Rideau ! (Quel beau drapé de paroles !)

Garry Winogrand est considéré comme l’un des plus grands photographes New-Yorkais du XXe siècle. Né en 1928 et mort en 1984, il s’est donné pour mission de représenter un véritable « portrait de l’Amérique » au travers de ses photographies.

Son travail est à la fois documentaire (il a été photo-reporter pour de nombreux magazines) et personnel, puisqu’il s’efforce de capturer la vie de tous les jours des New-Yorkais, dans ses aspects les plus emblématiques et historiques, comme dans le quotidien le plus banal. Son travail est basé exclusivement sur New-York, jusqu’au début des années 50 où il se met à voyager à travers les Etats-Unis pour immortaliser d’autres aspects de l’Amérique.

Winogrand a un véritable don pour capturer ces instants fugitifs, qui ne durent que quelques fractions de secondes, et qui constituent des moments insolites, parfois drôles et très souvent décalés. Il surprend à maintes reprises des regards furtifs, des expressions et des gestes spontanés qui ne peuvent qu’être pris sur le vif pour être conservés. Ce sont littéralement des « photos volées ». Son œuvre nous montre une Amérique démesurée, folle et ivre de ses propres succès.

Mais Winogrand dévoile aussi les angoisses et les incertitudes que connaît le pays, notamment pendant la crise identitaire qu’il subit lors de la guerre du Viêtnam, où le pays est scindé en deux parties opposées. Il observe le désespoir et l’incompréhension qui règnent à Dallas, quelques mois après l’assassinat du président Kennedy.

Ses photographies montrent une Amérique en mouvement, en constante évolution, et qui perd peu à peu ses illusions au profit d’une vision plus réaliste et peut-être aussi plus cynique. L’exposition du Jeu de Paume (ouverte jusqu’au 2 février 2015) est la plus grande rétrospective qui ai été, jusqu’alors, consacré à Garry Winogrand.

Elle se divise en trois grands axes chronologiques qui ont rythmé le travail de l’artiste : de ses débuts à New-York, à une étude de l’Amérique, pour s’achever sur la « splendeur et le déclin » des Etats-Unis. Les commissaires d’exposition ont bien fait de ne pas privilégier une approche thématique, tant les sujets des photographies sont divers et, pour la plupart, inclassables. Garry Winogrand ne s’est posé aucune limite, photographiant aussi bien les scènes de rue que de plages, les sorties au zoo, les spectacles de cabaret, ou encore l’attente dans les aéroports. Son œuvre est à l’image de cette Amérique complexe, désordonnée, parfois même chaotique voire franchement ridicule, mais toujours aussi séduisante. Son approche n’est pas simplement documentaire, mais dévoile un véritable travail artistique dans les cadrages et les points de vue qu’il adopte. Une grande partie des photographies sont inédites pour n’avoir été développée qu’après la mort de Winogrand : l’artiste a tant produit qu’il n’a pas eu le temps de mettre au jour toutes les pellicules.

Si vous êtes passionnés par New-York ou par les Etats-Unis, terre de fantasmes où les rêves deviennent réalité, alors vous ne sauriez manquer cette exposition, dont on ressort complètement fasciné.

 Alicja Zaborska