Le Dandy et le « Bandit », de la rivalité à l’amalgame.

Le Dandy et le « Bandit », de la rivalité à l’amalgame.
Le Dandy cultivait l’élégance, la finesse et le langage mais finit par être associé au style « bad boy » sophistiqué, produit de la mode masculine en 2014

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Apogée de la mode masculine, c’est en Angleterre au XVIIIe siècle que le Dandy apparaît au travers du raffinement vestimentaire et linguistique : le textile et le langage, deux arts à modeler et à cultiver.
A cette époque on distingue très clairement deux catégories sociales vestimentaires : Le Dandy et ce qu’on pourrait appeler le bandit. Rien n’est plus sûr, Charles Baudelaire ou encore Oscar Wilde ne pouvaient toucher à l’homme mal fagoté, situé en bas de l’échelle sociale. Certes, nous pointons une évidence, mais il est important de le rappeler pour la suite. Grâce à un style vestimentaire particulier et à un jardin qu’il cultive souvent, le Dandy est devenu dans l’histoire de la Mode, mais aussi dans celle de la littérature, un symbole de l’art de vivre européen.

On retrouvera un Dandy, héros de la littérature anglaise peint par Oscar Wilde : Dorian Gray. Typique du Dandy, il est élégant, raffiné même arrogant. La notion même de dandysme ne peut se concevoir sans réfléchir au caractère autodestructeur que le sujet se créera lui même au fil de sa vie en étant Dandy. Outre l’aspect philosophique de l’art du dandysme, illustrons cela grâce au style de Henri De Marsay, figure institutionnelle de ce courant de Mode. Capture d’écran 2014-11-21 à 20.13.21
Il porte la chemise à col cassé, elle même habillée d’un veston et d’un foulard. Un pantalon en toile taille haute qui moule les formes de sa chute de reins et tombe droit sur les chevilles, sans pli, ni effet accordéon. Et puisqu’on ne peut concevoir le tout sans une veste, c’est une version queue de pie que le Dandy porte de façon à allonger la silhouette et de rendre à l’élégance préexistante un aspect plus chic encore.
Certes, 1834 est loin, et l’époque du rayonnement culturel et vestimentaire est depuis, en plein déclin.

En 2014, on croit cultiver ces arts dès lors que quelques flashs nous éclairent et que quelques marches nous élèvent. Pour citer une parole savante : « Le succès est vulgaire ». De plus il n’apportera pas l’élégance et le savoir. C’est dans ce tourbillon infernal que l’irréparable naît, le produit d’une forte inattention, soit un amalgame des notions de styles. Le dandysme évolua et évoluera avec la Mode. C’est évident : Ce serait une erreur de penser qu’un homme peut encore s’habiller dans la rue en portant la queue de pie et la moustache recourbée sans susciter l’interrogation des passants. Mais ce n’est pas la Mode qui s’adapte au dandysme.

On peut imaginer un Dandy 2014 : Selon l’occasion, le Dandy moderne porte un beau jean (qui, de grâce, saura garder couvert ce qui doit le rester) boot cut soit légèrement évasé vers le bas, et non patte d’ef, taille haute. Ou alors un pantalon qui ne sera pas, messieurs, moulant car un pantalon de costume se porte légèrement large. Une chemise ou un top (manches longues ou courtes selon la température), cela recouvert d’un cardigan sombre en dessous d’une veste de blaser noire et légère. Pour l’hiver recouvrez le tout d’un manteau long ou d’un trench.

Ce que l’on peut appeler le « bandit » est comme il est inscrit dans le titre, un bad boy sophistiqué. On pense notamment aux Hipsters, qui ont cultivé « l’art » de faire du neuf (quoiqu’un peu poussiéreux) avec du ringard. Longue barbe, Ray Ban, jean slim et t-shirt moustache… Voilà un beau florilège de détails qui isolés, auraient pu rendre une belle allure au mannequin. Ce style du bandit ne s’arrête pas aux Hipsters bien entendu. Et par une magie qui m’est inconnue, on voit apparaître des m38b4865b3c1296c7cd4bae6b100c2288arcels qui s’accordent à des blaser ; des pantalons courts avec de belles chaussures, accessoirisés des incontournables en matière de laideur : les chaussettes flash. Et dès lors que l’on voit des chaussures cirées au petit point, une belle veste, on crie Dandy sur tous les trois, peu importe le reste de la tenue.

Le style « bandit », soit bad boy sophistiqué n’est pas devenu, et ne deviendra jamais le Dandy 2014. Aujourd’hui, malheureusement, les amalgames vestimentaires sont de rigueur. On pense que porter un gilet sur un t-shirt imprimé en dessous d’une veste blaser avec un pantalon taille basse et des baskets un peu stylisées, donne une allure, une élégance version 2014, assimilables au dandysme. Attention aux mélanges !
Même si le style que je viens de décrire serait conforme aux fashion codes, avec quelques améliorations et retouches cependant, n’allez pas imaginer que c’est une représentation du Dandy d’aujourd’hui.

On peut se considérer Dandy, dès lors qu’on aura rempli les conditions à l’être selon Charles Baudelaire, cela même en 2014 :
« Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir ».

Victor Manciet.