Naissance d’un géant du jazz au théâtre du Châtelet.


Nadine Vitu, rédactrice invitée chez Silver Magazine, a découvert un jeune et talentueux musicien : pianiste, violoniste et compositeur de jazz français, Thomas Enhco est vraiment très prometteur ! Le 7 mai dernier, il donnait pour notre plus grand plaisir un magnifique concert au théâtre du Châtelet. Un concert d’une qualité exceptionnelle et peu banal à bien des titres…

Par Nadine Vitu


Thomas a de qui tenir : il est issu d’une famille d’artistes renommés – est notamment le petit-fils du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus et l’arrière petit-fils de la comédienne Gisèle Casadesus, sociétaire honoraire de la Comédie-Française -, mais il est surtout lui-même et son talent lui appartient.     

enhco-thomas-1003

Dès l’arrivée dans le hall du théâtre du Châtelet nous ressentons immédiatement une effervescence joyeuse, beaucoup de jeunes musiciens sont là pour leur ami Thomas. On saisit quelques bribes de conversation, et on comprend rapidement que la soirée n’est pas banale : on sent l’admiration de ses pairs et une chaleur bienveillante qui donne envie que le spectacle commence !

Les lumières s’éteignent, il entre en scène très simplement, s’installe au piano et commence à jouer une mélodie très douce, pleine de sensualité, puis il en enchaîne une ou deux autres avant de se lever et de parler à son public. Il semble très ému, il a des étoiles dans les yeux, il a du mal à imaginer que ce soir il est dans ce grand théâtre parisien pour donner un concert en solo, il n’en revient pas. Aujourd’hui, c’est le jour de la Sainte Gisèle, alors tout naturellement il souhaite sa fête à Gisèle Casadesus, son arrière grand-mère, ainsi qu’à une autre Gisèle, dont on a oublié le nom, mais qui l’a beaucoup accompagné dans son parcours. Et que la fête commence…

Il rejoint son piano et enchaîne les morceaux : est-ce du jazz, du piano ? Est-ce romantique, brutal ou mélancolique ? Est-ce du Ravel, du Gershwin, du Keith Jarrett, du Bill Evans ou du Nina Simone ? Peu importe, nous sommes emmenées par le magnifique langage de Thomas Enhco qui nous transcende au plus profond de notre intimité. On vibre avec lui et on se laisse tomber dans le gouffre de nos émotions.

Depuis longtemps, je cherche à oublier le piano en tant qu’instrument mécanique avec ses touches et ses marteaux et à l’envisager comme une matière magique et malléable qui peut prendre toutes les formes, toutes les voix et tous les sons de l’orchestre…  

Il domine son instrument pour en extraire la quintessence. Tour à tour, il effleure les touches pour laisser couler la suavité fragile, ou bien on craint un instant qu’il ne rentre dans le piano pour le dévorer tellement son énergie déborde et les sons explosent de par sa fougue. Nous sommes sous le charme, sur un petit nuage près des étoiles, celles qu’il a dans les yeux !

Apparemment nous ne sommes pas les seules à en juger par la standing ovation de fin de concert, qu’il a tellement méritée. Il a tout donné avec un talent fou et une générosité hors norme et nous le quittons à regret car nous l’aimons déjà.


Au sortir du concert nous nous précipitons pour acheter son dernier album : « Feathers », bourré de mélodies écrites ces 2 dernières années, dont la moitié d’entre elles pendant un rude hiver à New York, dans lesquelles il raconte les différentes étapes d’une histoire d’amour au travers de ses émotions. Ce disque est une merveille.

Thomas Enhco serait-il en train de devenir, l’air de rien, l’un des géants du jazz de notre époque ?